Jeune femme ou vieille femme : que révèle cette image ambiguë ?
Illusion d'optique jeune femme vieille femme : comment voir les deux visages, d'où vient le dessin et ce que dit vraiment l'étude sur l'âge.
Publié en 1915 par l’illustrateur William Ely Hill, le dessin « Ma femme et ma belle-mère » trace deux visages avec exactement les mêmes lignes. Il ne révèle ni votre personnalité ni votre âge : il montre comment le cerveau humain choisit une interprétation et s’y tient. Une étude australienne a bien relié l’âge des observateurs au premier personnage perçu, sous forme de tendance statistique. Avec trois repères précis, chacun parvient à voir les deux femmes et à passer de l’une à l’autre.
En bref
- Trois correspondances suffisent : menton = nez, oreille = œil, collier = bouche.
- Première trace connue : une carte postale allemande du XIXe siècle.
- Étude de Scientific Reports : 393 participants de 18 à 68 ans, image affichée une demi-seconde.
- Le cerveau alterne entre les deux lectures et n’en tient qu’une à la fois.
Dans le même guide : Figures ambiguës et objets impossibles : quand l’image a deux lectures · Cube de Necker : pourquoi la perception bascule-t-elle d’une face à l’autre ?
Comment voir les deux femmes cachées dans le dessin
Repérez la grande courbe saillante à gauche du dessin : c’est elle qui change de fonction selon la lecture. Chaque trait appartient aux deux visages.
| Trait du dessin | Jeune femme | Vieille femme |
|---|---|---|
| Courbe saillante à gauche | Menton et mâchoire | Nez busqué |
| Petite forme sous la coiffe | Oreille | Œil |
| Ruban noir au cou | Collier | Bouche |
| Pointe en bout de joue | Bout du nez | Verrue du nez |
Les repères pour trouver la jeune femme
La jeune femme de trois quarts détourne la tête vers le fond de l’image. Suivez sa joue jusqu’au menton, puis son cou fin cerclé d’un ruban noir. Seuls le bout de son nez et un cil dépassent du contour. Une coiffe à plume et un col de fourrure complètent la silhouette.
Les repères pour trouver la vieille femme
La vieille femme de profil regarde vers la gauche, menton enfoui dans la fourrure. Relisez le menton de la jeune femme comme un long nez, son oreille comme un œil mi-clos, son collier comme une bouche pincée. Dans les ateliers de vulgarisation que j’anime, la bascule arrive presque toujours au moment où la personne pose le doigt sur le ruban en le nommant « bouche ».
D’où vient l’illustration « Ma femme et ma belle-mère » ?
William Ely Hill n’a pas inventé le motif. La plus ancienne version connue orne une carte postale allemande du XIXe siècle, anonyme, qui jouait déjà sur la double lecture entre une jeune femme élégante et une vieille dame. Le principe circulait alors comme simple devinette visuelle.
Hill en livre sa propre interprétation dans la revue humoristique américaine Puck, le 6 novembre 1915, sous le titre « My Wife and My Mother-in-Law ». Le titre transforme l’ambiguïté graphique en plaisanterie de belle-famille, ce qui a favorisé sa reprise dans la presse.
L’entrée dans la littérature scientifique date de 1930 : le psychologue Edwin Boring reproduit le dessin dans l’American Journal of Psychology, d’où l’appellation « figure de Boring » encore utilisée en laboratoire. Les variantes actuelles (versions recolorées, retouchées, inversées) dérivent presque toutes du tracé de Hill. Le dessin rejoint ainsi la grande famille des figures ambiguës et objets impossibles.
Votre âge décide-t-il de ce que vous voyez en premier ?
L’âge oriente légèrement le premier regard sans le déterminer. L’étude australienne publiée en 2018 dans Scientific Reports a recruté en ligne 393 adultes de 18 à 68 ans, d’âge moyen 32 ans. Chacun voyait l’image une demi-seconde, puis estimait l’âge et le sexe de la personne aperçue. Les estimations augmentaient avec l’âge de l’observateur, et l’écart se confirmait en comparant le décile le plus jeune au plus âgé. Les auteurs parlent de biais liés à l’âge agissant à un niveau subconscient.
Ouest-France a relayé l’idée que les participants les plus âgés auraient « presque tous » vu la vieille femme. L’étude décrit une corrélation moyenne, avec de nombreuses exceptions dans chaque tranche d’âge. Plusieurs limites s’ajoutent :
- personnage déduit de l’âge estimé, sans question directe ;
- échantillon jeune, plafonné à 68 ans ;
- une seule exposition très brève.
Pourquoi le cerveau ne peut pas voir les deux visages à la fois
Le dessin déclenche une perception bistable : deux interprétations stables, une seule consciente à un instant donné. Un même contour ne peut pas servir à la fois de menton et de nez, car le cerveau doit attribuer chaque trait à un seul objet cohérent.
Les réseaux de neurones qui codent chaque lecture entrent en compétition. Celui qui l’emporte inhibe son rival, puis s’adapte et perd de sa force. L’interprétation concurrente reprend alors le dessus : c’est la bascule. Le point que vous fixez pèse lourd dans ce duel. Regarder le ruban noir favorise la vieille femme, fixer la coiffe favorise la jeune.
La perception des visages renforce le phénomène. Ce système très spécialisé s’empare d’une configuration complète (yeux, nez, bouche) et la verrouille. Le même mécanisme fait sauter le cube de Necker d’une face à l’autre, sans aucun visage en jeu.
Ce que cette image révèle vraiment (et ce qu’elle ne dit pas de vous)
Le premier personnage aperçu ne mesure aucun trait de caractère. Les quiz du type « si vous voyez la jeune femme, vous êtes optimiste » n’ont aucune base expérimentale. Ce que le dessin montre est plus solide : la perception fonctionne par hypothèses, et la première retenue dépend du point fixé, du contexte, des attentes, et peut-être un peu de l’âge.
Pour faire le test chez vous, montrez le dessin une demi-seconde à des proches d’âges différents et demandez-leur l’âge de la femme aperçue. Guidez ensuite chacun avec les trois correspondances du tableau. Pour comparer avec d’autres familles d’illusions, consultez notre panorama des illusions d’optique et de leurs types.
FAQ
Pourquoi certaines personnes n’arrivent-elles pas à voir la jeune femme ou la vieille femme ?
La première lecture inhibe la seconde : le cerveau a déjà attribué chaque trait à un visage et résiste à les réaffecter. Il suffit souvent de nommer un élément autrement, par exemple appeler le collier « bouche ». Déplacer son regard vers la coiffe ou vers le ruban noir provoque aussi la bascule.
Qui a dessiné l’illusion d’optique de la jeune femme et de la vieille femme ?
La version célèbre est signée William Ely Hill, publiée dans la revue Puck en 1915 sous le titre « My Wife and My Mother-in-Law ». Le motif existait auparavant sur une carte postale allemande anonyme du XIXe siècle. Edwin Boring l’a ensuite introduit en psychologie expérimentale en 1930.
Ingénieur en physique appliquée de 35 ans, je combine rigueur scientifique et passion pour la communication. Rédacteur scientifique, j’aime rendre accessibles des concepts complexes à un large public.



