Le vase dessiné en 1915 par le psychologue danois Edgar Rubin, qui se change en deux profils face à face, reste le modèle du dessin caché. Votre cerveau n’en voit d’abord qu’une image, car il attribue chaque contour à une seule forme, la figure, et range le reste dans le fond. La seconde image surgit seulement quand cette attribution bascule. Avec un crayon de papier, une gomme et un feutre noir, vous pouvez exploiter ce mécanisme pour cacher un dessin dans un autre, puis en tirer une séance de CM2.
En bref
- Le dessin caché repose sur un contour partagé par deux formes, sans aucun effet de relief.
- Une seule lecture s’impose à la fois : l’autre exige une bascule de perception.
- Quatre étapes suffisent, avec un crayon HB, une gomme et un feutre noir à pointe fine.
- Au cycle 3, le thème relie arts plastiques et sciences de la vue.
Qu’est-ce qu’une illusion d’optique à dessin caché ?
Un dessin caché réunit deux images qui partagent les mêmes traits. Selon la zone que vous tenez pour « pleine », vous lisez l’une ou l’autre. On parle d’image à double lecture ou de figure ambiguë. Sa forme la plus subtile loge une silhouette dans l’espace négatif, c’est-à-dire le blanc laissé entre les formes dessinées.
Le trompe-l’œil en 3D (trou sans fond, escalier, chiffre qui flotte au-dessus de la feuille) suit une autre logique. Perspective et ombres portées y simulent des objets en relief, avec une seule lecture possible.
| Critère | Trompe-l’œil 3D | Dessin caché |
|---|---|---|
| Ressort | Perspective, ombres | Contour partagé |
| Images lisibles | 1 | 2 |
| Angle de vue | Souvent imposé | Indifférent |
| Ce qui trompe | La profondeur | L’identité des formes |
Pourquoi l’œil ne voit pas l’image cachée au premier regard
La rétine capte des contrastes, puis le cortex visuel les organise en objets. Le fonctionnement de l’œil explique donc seulement la première moitié du phénomène.
Figure et fond : le cerveau choisit une seule lecture
Face à un dessin, votre système visuel classe chaque zone en figure (l’objet, qui semble posé devant) ou en fond (ce qui passe derrière). Un contour appartient à un seul côté : s’il borde le vase, il cesse de border les profils. Les deux lectures ne coexistent jamais. Plusieurs indices orientent le premier choix :
- la surface la plus petite et la plus fermée devient la figure ;
- une zone centrale, symétrique ou très contrastée l’emporte ;
- une forme familière, comme un visage, s’impose vite.
Ces images sont dites bistables : la perception oscille entre deux états stables, sans état intermédiaire. Une fois la seconde lecture trouvée, la bascule devient facile, et l’image cachée ne se « désapprend » plus. Quand je présente le vase de Rubin en atelier de vulgarisation, une simple indication verbale (« cherchez un nez ») déclenche le basculement chez une bonne partie du public.
Des exemples célèbres, d’Escher aux détournements de Rowan Stocks-Moore
L’artiste anglais Rowan Stocks-Moore détourne des scènes Disney avec ce principe. Dans sa version de Blanche-Neige, le trognon de pomme blanc se lit aussi comme deux visages de profil, l’héroïne et son prince, face à face sur fond noir.
M. C. Escher pousse la logique jusqu’au pavage : oiseaux et poissons s’emboîtent sans laisser de vide, et chaque forme sert de fond à sa voisine. Victor Vasarely, figure majeure de l’op art, travaille des grilles de lignes et de carrés dont le contraste produit vibration et relief apparent, ce qui le rapproche du trompe-l’œil. Le photographe suédois Erik Johansson appartient aussi à cette famille, avec des montages de scènes physiquement impossibles.
Cacher un dessin dans un autre : la méthode en quatre étapes
Le principe tient en une règle : chaque trait doit servir à deux objets.
- Choisissez une silhouette simple à cacher (profil, chat assis, oiseau) et tracez-la légèrement au crayon de papier.
- Trouvez un objet hôte dont le bord peut épouser ce contour : vase, arbre, lampe, trognon. Le profil devient le flanc de l’objet.
- Complétez l’hôte, en symétrie si vous cachez deux profils, puis gommez tout trait qui n’appartient qu’à un seul des deux dessins.
- Remplissez au feutre noir une seule zone, l’hôte ou l’espace autour. L’aplat sombre fixe la première lecture ; le blanc restant porte l’image cachée.
Montrez ensuite le résultat à une personne qui ignore le sujet. Si elle trouve seule les deux images, le contour partagé fonctionne. Ce dessin facile à reproduire se photocopie comme n’importe quelle illusion d’optique à imprimer.
Exploiter les dessins cachés en classe de cycle 3
En CM2, quatre séances suffisent pour relier arts plastiques et sciences. Séance 1 : projection du vase de Rubin et du trognon de Stocks-Moore ; chaque élève note la première image perçue, puis la classe compare. Séance 2 : en sciences, schéma légendé de l’œil et rôle du cerveau dans le tri figure et fond. Séance 3 : en arts visuels, production d’un dessin caché selon les quatre étapes. Séance 4 : échange des productions, chaque élève nommant les deux images et le trait qui les relie. Les pavages d’Escher offrent un prolongement en géométrie.
Les ressources du site arts plastiques de l’académie de Grenoble aident à cadrer le volet artistique. Pour préparer la première séance, dessinez vous-même un vase à deux profils et testez-le sur un collègue.
FAQ
Comment faire une illusion d’optique facile à dessiner ?
Partez du vase à deux profils. Pliez une feuille en deux, dessinez un profil le long du pli au crayon, puis décalquez-le en miroir sur l’autre moitié. Fermez le haut et le bas pour former un vase, et noircissez au feutre soit le vase, soit l’extérieur. Vous obtenez une image à double lecture en une quinzaine de minutes.
Pourquoi certaines personnes voient l’image cachée tout de suite et d’autres non ?
Le premier choix figure-fond dépend du point que vous fixez, de votre familiarité avec les formes représentées et de ce que vous vous attendez à voir. Une personne qui cherche des visages les trouvera plus vite. Une consigne orale, ou le fait d’avoir déjà vu le dessin, déplace aussi ce choix. Aucune lecture n’est la « bonne » : le dessin en contient deux.
Ingénieur en physique appliquée de 35 ans, je combine rigueur scientifique et passion pour la communication. Rédacteur scientifique, j’aime rendre accessibles des concepts complexes à un large public.



